À la chasse au pseudoscorpion béringien dans l’Arctique

Notre but initial, pour mon superviseur Dr. Brent Sinclair et moi, était de voyager au Yukon pour collecter des araignées. Nous avions entendu du Dr. Chris Buddle, que nous allions rencontrer là-bas, que les araignées étaient nombreuses. Et il avait bien raison ! Cependant, nous ne pensions pas être charmé par le minuscule (maximum 3mm), mais fougueux pseudoscorpion Wyochernes asiaticus et qu’il pique autant notre curiosité.

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Une femelle W. asiaticus avec une poche pleine d’oeufs. Beaucoup des pseudoscorpions furent trouvé pleins d’oeufs qui ont éclos à notre retour en Ontario. Crédit photo: Brent Sinclair

 

Notre équipe de recherche a quitté Whitehorse avec tout l’équipement nécessaire (nourriture, réchaud, véhicule à quatre roues motrices et beaucoup de contenants pour l’échantillonage) et nous avons passés les deux prochaines semaines à explorer la tundra, se dirigeant vers le Nord sur la « Dempster Highway ». Cette route est probablement la seule route entretenue au Nord du Yukon et nous permet d’atteindre la région béringienne. Alors que les glaciers recouvraient la plupart de l’Amérique du Nord durant la dernière ère glacière, la Béringie était un des seuls endroits n’ayant pas été ensevelie. Pour cette raison, beaucoup des espècesqui s’y trouvent , telles que W. asiaticus, pré-datent la dernière ère glacière. Bon, cette créature n’est peut-être pas aussi excitante qu’un mammouth ou un castor géant, mais, pour les chercheurs travaillant sur les arthropodes, elle est très spéciale.

C’est Dr. Buddle qui a attiré notre attention sur ces créatures. Il en avait trouvé durant des voyages antérieurs et voulait avoir des échantillons provenant de différentes latitudes (nous avons traversés environ 10 dégrées de latitude durant notre voyage). Il a demandé notre aide pour collecter les échantillons de pseudoscorpions. Ceux-ci vivent sous des roches plates sur les rives des rivières. C’est pendant l’échantillonnage que nous nous sommes demandés ce qu’ils faisaient le reste de l’année. Non seulement ils doivent supporter le froid éprouvant de l’hiver arctique, mais vivent aussi dans une région où il y a des crues périodiques. Nous voulions voir quelle était leur tolérance pour le froid et pour la submersion. Nous allons pris et les avons rapporter vers notre laboratoire à University of Western Ontario, avec aussi environ 600 araignées

De retour dans le laboratoire, j’ai mesuré le point de congélation, les points thermaux critiques minimum et maximum (CTmin et CTmax; les limites de l’activité) des pseudoscorpions. Leur point de congélation, déterminant s’ils survivent ou pas à la congélation, nous a donné une idée de leur habilité à surmonter les hivers glaciaux de l’Arctique. Nous sommes intéressés par le CTmin et CTmax car ils nous permettent d’avoir une bonne idée de leurs limites écologiques, c’est-à-dire s’ils peuvent se déplacer, se nourrir ou se défendre. Nous avons découvert que ces petites bêtes avaient une très mauvaise tolérance au froid. Ils ne survivent pas à la congélation et, aux alentours de -4°C ne peuvent plus bouger. L’Arctique peut atteindre des températures bien plus froides que ça ! Nous pouvons seulement supposer qu’ils recherchent des refuges thermaux très efficaces durant l’hiver ou qu’ils ajustent leur tolérance au froid durant l’année, comme beaucoup d’insectes.

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De retour au laboratoire, j’ai utilisé un bloc de métal avec des petits trous pour abriter les pseudoscorpions. Le bloc pouvait être réchauffé ou refroidi et, ainsi, je pouvais observer le moment où les individus arrêtaient de bouger. La photo fut prise à travers un microscope. Crédit photo: Susan Anthony

Parlant de changements de saison, nous assumons que leur habitat est inondé de façon saisonnière vu que nous les avons trouvés sur le bord d’une rivière. Est-ce qu’ils se déplacent en amont de la rivière ? Est-ce qu’ils nagent ? Est-ce qu’ils apportent une bulle d’air avec eux, comme les araignées plongeuses ? Au départ, nous pensions qu’ils tenaient une bulle d’air entre leur abdomen et les roches auxquelles ils s’accrochent. Dans nos expériences, ils ont survécu une semaine submergés dans les eaux hautement oxygénées ayant un taux de survie similaire à ceux qui ne vivaient pas sous l’eau. Cependant, ils avaient aussi le même taux de survie que ceux qui étaient submergés dans des eaux peu oxygénées. Nous concluons donc qu’ils tolèrent le fait d’être sous l’eau, mais qu’ils ne se comptent pas sur l’oxygène provenant de l’eau environnante.

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Sheep Creek, la rivière où nous avons collecté Wyochernes asiaticus. Les spécimens étaient plus commun à environ 1m au dessus du niveau de l’eau, sous les roches plates. Crédit photo: Chris Buddle

Notre excursion dans le Nord pour l’échantillonnage nous aura donc donné une belle surprise. Un petit pseudoscorpion sur les rives de la rivière a capté notre attention. Cependant, ce n’est pas la seule chose pouvant provoquer un lot de fascination lorsqu’au Yukon. De l’énorme grizzly au caribou aux centaines d’araignées et aux collemboles dont ils se nourissent, l’Arctique est en effet un endroit unique.

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L’équipe de biologie arctique: (g-d) Anne-Sophie Caron (Université McGill), Susan Anthony (Western University), Dr. Brent Sinclair (Western University), Saun Thurney (Université McGill), and Dr. Chris Buddle (Université McGill). Crédit photo: Mhairi McFarlane.

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